Devenir maçon à son compte : le guide auto-entrepreneur

Devenir maçon à son compte : le guide auto-entrepreneur

Le secteur du bâtiment (BTP) ne connaît pas la crise, et le métier de maçon ou maçonne en est la clé de voûte. Premier intervenant sur un chantier, c’est lui qui sort le bâtiment de terre. Se mettre à son compte permet de valoriser un savoir-faire technique rare et difficile, mais cela implique de lourdes responsabilités. En 2026, la rigueur administrative est de mise, voici comment bâtir votre entreprise sur des fondations saines.

Informations clées

  • Code APE:  4399C, 4399D
  • Seuil de Chiffre d'affaires: 77 700 €.
  • Type de chiffre d'affaires: BIC / Artisan
  • Seuil de TVA: 37 500€ pour le seuil de franchise et 41 250€ pour le seuil majoré.
  • Pourcentage des cotisations sociales à payer: 21,2 %
  • Caisse de retraite: Assurance retraite
  • Seuil validation trimestre: 3 475 €
  • Rattaché au statut de travailleur non-salarié (TNS)
  • ACRE (Aide à la Création ou à la Reprise d’Entreprise) : disponible sous certaines conditions, vérifiez votre éligibilité !
  • CFE : À déclarer chaque année sauf la première et si vous faites moins de 5 000€ de CA annuel.
  • Obligations comptables : la facturation et le livre de recettes.
  • Versement Libératoire : disponible sous certaines conditions également.
  • Avoir un compte bancaire dédié à son activité si vous dépassez les 10 000€ de chiffres d’affaire annuels

Description : en quoi consiste le métier de maçon ?

Le maçon ou la maçonne réalise le gros œuvre de la construction. Votre rôle est de créer l’ossature du bâtiment, qu’il s’agisse d’une maison individuelle, d’un immeuble ou d’un ouvrage industriel.

Vos missions principales sont :

  • Les fondations : coulage de semelles, ferraillage et dalles en béton.
  • L’élévation des murs : assemblage de briques, parpaings, pierres ou béton cellulaire avec des liants (ciment, mortier, chaux).
  • Les ouvrages coffrés : réalisation de poteaux, poutres, linteaux et escaliers en béton armé.
  • La rénovation : ouverture de murs porteurs (avec pose d’IPN), rejointoiement de façades anciennes.

Vous travaillez strictement d’après les plans fournis par l’architecte ou le maître d’œuvre et devez respecter les normes DTU (Documents Techniques Unifiés) à la lettre.

Compétences : qualités requises pour être maçon artisan

C’est un métier physiquement exigeant qui demande aussi une grande intelligence technique.

Hard skills (savoir-faire technique)

  • Lecture de plans : savoir visualiser l’ouvrage en 3D à partir d’un plan 2D est la base absolue.
  • Connaissance des matériaux : maîtriser les dosages du béton et du mortier selon la météo et la résistance souhaitée.
  • Techniques de coffrage : savoir réaliser des coffrages bois ou métalliques étanches et solides.
  • Sécurité : connaissance impérative des règles de montage d’échafaudage et de port des EPI.

Soft skills (savoir-être)

  • Résistance physique : le dos et les articulations sont très sollicités. Une bonne condition physique est indispensable pour durer.
  • Esprit d’équipe : le maçon ne travaille jamais seul. Il coordonne son travail avec le terrassier avant lui et le charpentier après lui.
  • Rigueur : un mur qui n’est pas d’aplomb ou une fondation mal dosée peut entraîner l’effondrement de la structure. Vous n’avez pas le droit à l’erreur.

Journée type d’un maçon indépendant

Les journées commencent tôt pour profiter de la lumière du jour et éviter les chaleurs excessives en été.

  1. 7h00 - Arrivée sur chantier : briefing rapide avec les autres corps d’état ou votre manœuvre. Préparation de la zone de travail et sécurisation.
  2. Matinée - Gros œuvre : c’est le moment des tâches lourdes. Approvisionnement du chantier, gâchage du mortier à la bétonnière, montage des rangs de parpaings.
  3. Pause déjeuner : souvent prise sur le chantier ou dans le camion pour optimiser le temps.
  4. Après-midi - Technique et nettoyage : réalisation de coffrages complexes, ferraillage, ou coulages de finition.
  5. 16h30 - Nettoyage : étape cruciale. On ne laisse jamais de béton durcir dans la bétonnière ou sur les outils. Rangement et nettoyage du chantier pour la sécurité.
  6. Fin de journée - Administratif : élaboration des devis (métrés) et réponses aux appels d’offres.

Trouver des clients : marketing pour le BTP

La confiance est votre meilleur argument de vente.

  • Le panneau de chantier : accrochez une bâche avec votre nom et numéro de téléphone sur les grilles de vos chantiers en cours. C’est votre meilleure publicité locale.
  • Les architectes et maîtres d’œuvre : ce sont des prescripteurs puissants. S’ils sont satisfaits de votre travail, ils vous rappelleront sur tous leurs futurs projets.
  • La garantie décennale : affichez clairement que vous êtes assuré. C’est un gage de sérieux absolu pour rassurer les particuliers.
  • Google Maps : créez une fiche établissement avec des photos de vos réalisations (avant/après).

L’évolution de carrière : que faire après ?

  • Chef de chantier : gérer une équipe plus importante et coordonner les travaux.
  • Passage en société (EURL/SARL) : le statut micro-entrepreneur est vite limité pour un maçon qui a beaucoup d’achats de matériaux (non déductibles). C’est aussi l’opportunité d’employer d’autres artisans pour faire grandir son activité. Passer au réel permet de déduire la TVA et les charges.
  • Spécialisation : devenir expert en restauration du patrimoine (pierre de taille) ou en éco-construction (chanvre, pisé).

Rémunération : combien gagne un maçon à son compte ?

Le métier paie bien car il est pénible et technique.

  • Taux journalier moyen (TJM) : un maçon qualifié facture entre 250 € et 450 € par jour selon la région et la technicité.
  • Au forfait : on facture souvent au m² ou au m³. (Exemple : 40 à 60 € le m² pour un mur en parpaings, hors fourniture).
  • Revenu net : un maçon auto-entrepreneur qui tourne bien peut dégager entre 2 500 € et 4 000 € net par mois.

Attention, travailler sans déclarer est dangereux : risques personnels au niveau des assurances, emprunt immobilier plus compliqué sans un CA dûment justifié et une protection sociale (retraite, maladie) au rabais (sans compter les risques de contrôle/redressement niveau social/fiscal).

Frais et charges : les coûts à ne pas négliger

C’est un métier qui peut nécessiter de gros investissements selon les services que vous offrez.

  • Assurance décennale : OBLIGATOIRE avant l’ouverture de tout chantier. Elle couvre les dommages graves pendant 10 ans. Coût : 1 500 € à 3 000 € / an.
  • Véhicule : un fourgon capable de porter des charges lourdes (sac de ciment, outillage).
  • Outillage : bétonnière, échafaudages, perforateur, niveau laser, meuleuse thermique. Le budget initial dépasse souvent les 5 000 €.
  • Carburant : les déplacements vers les chantiers peuvent représenter un budget conséquent.

Par défaut, vous ne déduisez pas la TVA sur vos achats en micro-entreprise, cependant vous pouvez opter pour activer la TVA et ainsi pouvoir déduire la TVA de vos achats professionnels.

Attention aussi aux marges sur les matériaux que vous fournissez, la micro-entreprise prend en compte forfaitairement les dépenses à hauteur de 40 % en déclarant bien les ventes de matériaux en achat-revente (vs prestation artisanale pour la main-d’œuvre). Une autre possibilité est de passer les matériaux en frais de débours (refacturés au centime près, avec factures fournisseurs au nom du client), ainsi les matériaux ne rentrent pas en compte dans le CA.

Diplômes requis : la ligne rouge

La maçonnerie est une profession réglementée. On ne s’improvise pas maçon.

Pour vous inscrire à la Chambre de Métiers, vous devez fournir :

  1. Un diplôme de niveau V minimum : CAP maçon, BEP gros œuvre, Titre professionnel de maçon.
  2. OU une preuve de 3 ans d’expérience professionnelle effective en tant que maçon salarié (certificats de travail, fiches de paie).

Sans l’un de ces justificatifs, votre inscription sera rejetée par le Guichet Unique pour l’activité de maçonnerie. Vous seriez alors contraint de vous inscrire comme “bricoleur” (interdiction de toucher au gros œuvre), ce qui n’est pas viable pour ce métier. Voir les détails sur les professions réglementées.

Métiers proches et confusions fréquentes

  • Plaquiste : intervient après le maçon pour l’aménagement intérieur (cloisons sèches).
  • Façadier : spécialisé uniquement dans l’enduit extérieur, mais ne monte pas les murs.
  • Tailleur de pierre : métier d’art axé sur la coupe et la restauration de pierres nobles, distinct de la maçonnerie générale.

Quel code APE pour un maçon ?

L’INSEE attribue le code selon l’activité principale.

Code APE Description Détail
43.99C Travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment Le code le plus courant pour les maçons traditionnels (parpaing, brique, béton).
43.99D Autres travaux spécialisés de construction Parfois attribué pour des activités très spécifiques (cheminées, travaux acrobatiques).
43.91B Travaux de couverture par éléments Si vous faites aussi de la toiture, mais attention, c’est un autre métier (Couvreur).

Formalités : valideurs et inscription

Le parcours d’inscription est celui d’un artisan du bâtiment.

  1. Plateforme : inscription sur le Guichet Unique (INPI).
  2. Nature : activité artisanale.
  3. Le valideur : votre dossier est traité par la CMA (Chambre de Métiers et de l’Artisanat).
  4. Justificatifs : préparez vos diplômes ou justificatifs d’expérience (scan obligatoire).
  5. Stage : le Stage de Préparation à l’Installation (SPI) n’est plus obligatoire, mais reste utile pour apprendre les bases de la gestion (devis, factures).

Une fois inscrit, n’oubliez pas de souscrire votre assurance décennale immédiatement. Vous devez joindre votre attestation d’assurance à tous vos devis et factures.

Liens utiles et sources officielles

  • CAPEB (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) : capeb.fr
  • Guichet Unique (INPI) : procedures.inpi.fr
  • Qualibat : qualibat.com - pour les labels RGE (Reconnu garant de l’environnement).

Conclusion : l’avis de Superindep

Devenir maçon indépendant est un choix de carrière solide. La demande est structurellement forte et les bons artisans sont introuvables. Si vous êtes qualifié, sérieux et que vous répondez au téléphone, vous n’aurez jamais de trous dans votre agenda.

Cependant, attention à la pénibilité et à la gestion des matériaux. En auto-entreprise, acheter 10 000 € de briques pour les revendre au même prix à votre client gonfle votre CA et vous fait payer des cotisations sociales “pour rien”. Pensez à appliquer une marge d’au moins 40 % ou au débours comme expliqué précédemment.

FAQ

🏗️ Peut-on être maçon sans diplôme ?

Non. La maçonnerie est une activité réglementée qui touche à la structure du bâtiment (gros œuvre). Vous devez obligatoirement détenir un CAP/BEP maçon ou justifier de 3 ans d’expérience salariée (attestation employeur ou fiches de paie à l’appui) pour vous inscrire.

🛡️ Combien coûte l'assurance décennale pour un maçon ?

C’est l’une des assurances les plus chères du BTP en raison des risques structurels. Comptez généralement entre 1 500 € et 3 000 € par an selon votre expérience et votre chiffre d’affaires prévisionnel.

🧱 Comment facturer les matériaux (briques, ciment) ?

En auto-entreprise, vous ne déduisez pas vos charges. Si vous facturez les matériaux au client, cela gonfle votre chiffre d’affaires et vous payez des cotisations dessus. L’astuce est soit d’avoir une marge d’au moins 40 % sur les matériaux OU de refacturer au centime près les matériaux au client via le mécanisme des débours.

🚛 Quel est le plafond de chiffre d'affaires ?

Si vous fournissez les matériaux, vous relevez du seuil mixte (Vente + Prestation). Mais attention, la main-d’œuvre reste votre activité principale. Surveillez surtout le seuil de franchise de TVA, car facturer 20 % de plus aux particuliers peut vous rendre moins compétitif.

🤝 La sous-traitance est-elle fréquente ?

Oui, très. De nombreux maçons indépendants travaillent en sous-traitance pour de grosses entreprises de BTP. C’est un excellent moyen de démarrer sans avoir à chercher de clients particuliers, mais les tarifs sont souvent plus bas.