L’architecture est un art, mais l’exercice libéral est un combat juridique. Devenir architecte à son compte ne consiste pas seulement à dessiner des plans : c’est assumer la responsabilité civile et pénale d’un bâtiment et de la sécurité de ses occupants. C’est une profession réglementée qui ne tolère aucune approximation. Entre l’inscription au tableau de l’Ordre, la gestion de la CIPAV et le coût de l’assurance décennale, voici comment bâtir votre structure sur des fondations solides.
Informations clées
- Code APE: 7111Z
- Seuil de Chiffre d'affaires: 77 700 €.
- Type de chiffre d'affaires: BNC / Profession libérale à la CIPAV
- Seuil de TVA: 37 500€ pour le seuil de franchise et 41 250€ pour le seuil majoré.
- Pourcentage des cotisations sociales à payer: 23,2 %
- Caisse de retraite: Assurance retraite
- Seuil validation trimestre: 2 860 €
- Rattaché au statut de travailleur non-salarié (TNS)
- ACRE (Aide à la Création ou à la Reprise d’Entreprise) : disponible sous certaines conditions, vérifiez votre éligibilité !
- CFE : À déclarer chaque année sauf la première et si vous faites moins de 5 000€ de CA annuel.
- Obligations comptables : la facturation et le livre de recettes.
- Versement Libératoire : disponible sous certaines conditions également.
- Avoir un compte bancaire dédié à son activité si vous dépassez les 10 000€ de chiffres d’affaire annuels
Description : le chef d’orchestre du bâtiment
L’architecte libéral est le seul professionnel habilité à établir un projet architectural faisant l’objet d’une demande de permis de construire (pour les surfaces > 150m²).
Vos missions sont séquencées (loi MOP) :
- ESQ (Esquisse) : faisabilité et premières idées.
- APS / APD (Avant-projet) : plans précis, coupes, façades.
- PC (Permis de construire) : le dossier administratif critique.
- PRO / DCE (Projet / Consultation) : plans d’exécution et choix des entreprises (artisans).
- DET (Direction de l’exécution des travaux) : suivi de chantier jusqu’à la réception.
Vous êtes le tampon entre le rêve du client (maître d’ouvrage) et la réalité du terrain (entreprises).
Compétences : au croisement de l’art et de la technique
C’est un métier “cerveau gauche / cerveau droit”.
-
Hard skills (technique) :
- Réglementation : urbanisme (PLU), normes PMR (accessibilité), sécurité incendie, RE2020 (réglementation environnementale). Un permis refusé est une faute professionnelle.
- Logiciels BIM (Building Information Modeling) : maîtrise absolue d’Archicad, Revit ou AutoCAD. La modélisation 3D est devenue la norme.
- Technique du bâtiment : savoir comment un mur tient, comment l’eau s’évacue, comment un pont thermique se crée.
-
Soft skills (posture) :
- Leadership : sur un chantier, face à 10 artisans qui ont du retard, il faut savoir comprendre les problèmes de chacun et coordonner l’ensemble pour éviter de cumuler les retards.
- Écoute : traduire les besoins flous d’un client en espace de vie concret.
- Gestion financière : tenir le budget du client (et le vôtre).
Journée type d’un architecte libéral
L’architecte passe moins de temps à dessiner qu’on ne le croit.
| Moment de la journée | Activité principale |
|---|---|
| Matin (08h00 - 11h00) | Réunions de chantier : c’est le moment clé de la semaine. Visite des sites, vérification de la conformité des travaux, rédaction des comptes-rendus. Bottes et casque obligatoires. |
| Fin de matinée (11h00 - 13h00) | Administratif et mails : gestion des appels d’offres, réponses aux mairies pour les permis, relance des entreprises. |
| Après-midi (14h00 - 17h00) | Production (dessin) : retour à l’agence ou au bureau. Conception, modélisation 3D, plans de détail. C’est le cœur créatif. |
| Fin de journée (17h00 - 19h00) | Rendez-vous clients : présentation des projets aux maîtres d’ouvrage (souvent le soir car les clients particuliers travaillent en journée). |
Diplômes et réglementation : le parcours du combattant
Vous ne pouvez pas vous autoproclamer architecte. L’usurpation du titre est un délit.
- Le diplôme : il faut un DEA (Diplôme d’État d’Architecte) = Bac+5.
- L’HMONP : pour exercer en libéral, vous devez valider l’Habilitation à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre (Bac+6). Sans ça, vous ne pouvez être que salarié.
- L’Ordre des architectes : inscription obligatoire au tableau régional. Coût : environ 300 € à 500 € / an (variable selon région et ancienneté).
- Le serment : vous devez prêter serment de respecter le code de déontologie.
Métiers proches et confusions
Ne confondez pas !
- Architecte d’intérieur : aménage l’espace existant, ne touche pas à la structure ni aux façades. Pas d’Ordre, pas de permis de construire.
- Décorateur : choisit les couleurs, le mobilier, l’ambiance. Pas de travaux lourds.
- Maître d’œuvre (non architecte) : peut diriger des travaux mais ne peut pas porter le titre d’architecte ni signer de permis > 150m².
Quel code APE pour un architecte ?
Un seul code fait foi pour l’exercice réglementé.
| Code APE | Intitulé | Pour qui ? |
|---|---|---|
| 71.11Z | Activités d’architecture | Réservé aux architectes inscrits à l’Ordre. C’est le sésame pour la CIPAV et l’assurance. |
Sur le plan social, vous dépendez de la CIPAV (Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d’Assurance Vieillesse) et de l’URSSAF. C’est une des rares professions libérales à être restée majoritairement à la CIPAV.
Rémunération : honoraires et rentabilité
L’architecte est rémunéré au pourcentage du montant des travaux ou au forfait.
- Taux moyen complet (conception + suivi) : 10% à 15% du montant HT des travaux.
- Taux partiel (permis seul) : 3% à 5% ou forfait (ex: 2 000 € à 4 000 € pour une maison individuelle).
- TJM (vacation / conseil) : 400 € à 800 € / jour.
Attention : en auto-entreprise, le plafond de TVA est très bas pour un architecte. Deux grosses maisons et vous le dépassez. Pensez à anticiper le passage à la franchise en base de TVA et potentiellement le changement de statut vers une société.
Frais et investissement : l’assurance coûte cher
- Assurance décennale : c’est votre plus gros poste de dépense. Comptez minimum 1 500 € à 3 000 € / an pour un débutant, indexé sur le chiffre d’affaires.
- Cotisation ordinale : ~300 € / an.
- Logiciels : une licence Revit ou Archicad coûte cher (plusieurs milliers d’euros ou abonnement mensuel élevé).
- Traceur (imprimante A0) : utile, mais souvent sous-traité aux reprographes aujourd’hui.
Trouver des clients : la réputation locale
- Le panneau de chantier : c’est votre meilleure pub. Un chantier propre avec votre nom en gros attire les voisins.
- Les agents immobiliers : apportez-leur des solutions de rénovation pour leurs biens en vente (“home staging” virtuel ou esquisses rapides). Ils vous renverront l’ascenseur.
- Le réseau artisans : si les maçons et les électriciens aiment travailler avec vous (plans clairs, pas d’arrogance), ils vous recommanderont.
Évolution de carrière
- Association : s’associer avec d’autres archis pour viser des concours publics (écoles, gymnases) inaccessibles en solo.
- Expertise judiciaire : devenir expert auprès des tribunaux pour les litiges du bâtiment.
Conclusion : l’avis de Superindep
Être architecte en auto-entrepreneur est une excellente solution pour démarrer son activité libérale sans lourdeur administrative excessive. Cela permet de lancer ses premiers chantiers et de constituer sa clientèle.
Le point de vigilance principal reste le seuil de TVA. Une gestion rigoureuse de votre facturation vous permettra d’anticiper le passage à la TVA tout en pérennisant votre structure.
Lien officiel de l’Ordre : Ordre des architectes.
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